Un nouveau service téléphonique pour les malentendants

À partir de lundi, les opérateurs de téléphonie devront proposer, comme la loi les y oblige, une aide destinée aux personnes ayant des problèmes d’audition.

« Bonjour, vous êtes en relation avec une plateforme car une personne sourde cherche à vous joindre. Je vais traduire la conversation. » Il aura fallu une loi pour que les sourds et malentendants soient enfin pris en compte. Pour communiquer par téléphone, prendre rendez-vous chez le coiffeur, appeler leur famille, régler un problème avec une entreprise ou une administration, les cinq millions de déficients auditifs que compte la France étaient jusque-là contraints au système D.

A partir de lundi, ils disposeront d’un outil unique au monde, mis en place par les opérateurs français des télécoms.

Ces déficients auditifs et surtout les 500 000 qui n’avaient aucune solution pour communiquer selon le rapport Erhel de 2014 peuvent désormais télécharger une application mobile qui va leur permettre de passer ou recevoir des appels presque normaux par le biais d’une plateforme spécialisée.

Un intermédiaire entre l’appelant et l’appelé

Comment ça marche ? Il faut commencer par télécharger l’application qui assure l’interface avec la plateforme spécialisée. Là, une personne formée fait l’intermédiaire entre l’appelant et l’appelé. Il peut s’agir d’un ou d’une spécialiste de la langue des signes, que le malentendant pourra voir en vidéo sur son smartphone. Solution qui permet aussi de lire sur les lèvres.

Mais l’utilisateur peut préférer une retranscription écrite de la conversation. Sur l’application RogerVoice, l’outil développé par la société Ava, il y parvient en deux secondes. Un opérateur vérifie en continue la qualité du texte pour éviter les malentendus, et une version en braille est possible.

C’est justement cette solution qu’ont choisie les opérateurs associés au sein de la Fédération française des télécoms (FFT) : Orange, Bouygues Telecom, SFR, La Poste mobile et EI-Telecom (NRJ, CIC, Cdiscount mobile…). RogerVoice est disponible sur iOS et Android.

Free, qui n’adhère pas à la FFT, a développé depuis 2011 pour son service clients une solution avec la start-up Deafi, solution qu’il propose donc ce lundi à tous ses clients via l’application Relais téléphonique Free(Sur Android d’abord).

Une heure d’utilisation gratuite

Conformément à la loi pour une République numérique, votée en octobre 2016, ce nouveau service doit inclure une heure d’utilisation gratuite. En 2020 ce sera deux heures, et en 2023, trois heures. Au-delà, l’utilisateur doit acheter du crédit ou s’abonner à l’une des offres que vont commercialiser les opérateurs.

« Ce service a vocation à monter en puissance, explique le directeur général de la FFT, Michel Combot. Et notre outil RogerVoice a la souplesse qui permettra de l’adapter bientôt à de nouvelles fonctionnalités. »

« C’est un travail compliqué car les interprètes ne sont pas au contact direct des gens. Mais ils savent très bien rendre les émotions ! », explique, satisfait, Jérémy Boroy, président de l’Union nationale pour l’insertion sociale du déficient auditif. Il faut donc de vrais experts. « Il n’y a que 500 interprètes diplômés en France, alerte Jérémy Boroy. Il faut que les pouvoirs publics lancent l’impulsion pour former plus de gens si on veut que ce nouveau service réponde à tous les besoins. »

La loi pour une République numérique oblige les administrations en contact avec le public et aux entreprises réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires à offrir dès aujourd’hui ce service aux malentendants. Mais peu sont prêtes. Parmi les précurseurs, l’assureur Malakoff Médéric, EDF et quelques banques avaient bien entendu le message du législateur.

Le Parisien – Daniel Rosenweg – 07 octobre 2018

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