Ferrah, la vie en bleu

En stage avec l’équipe de France de cyclisme sourds et malentendants au Creps de Poitiers, le Poitevin Éric Ferrah prépare les Deaflympics de 2021 sur ses terres.

Mercredi, 16 h, les coureurs de l’équipe de France de cyclisme catégorie sourds et malentendants, en stage de cohésion au Creps du 23 au 28 juillet, sortent du foyer où ils regardaient, avec un peu d’ennui il faut l’avouer, l’étape pyrénéenne du Tour de France. « Ce n’est pas intéressant cette année, on s’embête devant le Tour », soupire Jean-Yves Bésineaud, référant de la sélection depuis mars dernier.
Parmi les huit coureurs présents, le Poitevin Éric Ferrah, un brin timide, se fait tout petit derrière ses nouveaux équipiers. C’est que le licencié de l’ASSHAV Poitiers a rejoint les Bleus pour la première fois en juin dernier. Une performance remarquable pour le résident de Mignaloux-Beauvoir et cuisinier à l’Université de Poitiers du haut de ses 47 ans.

“ J’ai encore envie de progresser ”

Sourd et muet de naissance, Éric passe par l’intermédiaire de Françoise, l’interprète en langage des signes, pour échanger. Très humble, l’homme a du mal à parler de lui. Mais ses équipiers n’hésitent pas à s’exprimer à sa place pour dire tout le bien qu’ils pensent de leur nouveau camarade.
Exemple : « Je ne sais pas trop quelles sont mes qualités… Si je n’aime pas trop les contre-la-montre. Non, je ne sais pas », avance timidement le Poitevin. Dans son dos, son partenaire, Yann Nowakowski, lui aussi sourd et muet, effectue de grands gestes, expliquant que ses principales aptitudes sont, plutôt, celles d’un sprinteur.
Des dispositions qui lui ont permis d’être sacré champion de France vétéran à Châtellerault, le 9 juin dernier : « C’était génial. J’ai 47 ans et j’espère continuer dans cette voie. Je touche du bois. Maintenant, j’ai encore envie de progresser, notamment avec mes coéquipiers. On est tous très proches. »
Une complicité évidente que le champion de France, père de deux enfants, cherche à protéger. « Dans un collectif, il y a toujours besoin d’un père de famille. Quelqu’un de calme qui permet de trouver un équilibre. Éric est cette personne », relève son coach, Jean-Yves Bésineaud, nommé par la Fédération après les mauvais résultats de la sélection française aux Deaflympics 2017 à Samsun (Turquie), l’équivalent des jeux Olympiques pour les sourds et les malentendants.

Préparation aux Deaflympics 2021

« J’ai repris l’équipe sur un tas de ruine. Il faut la remettre sur pied. La principale difficulté pour nous sur le vélo, c’est l’équilibre. Mais, c’est comme tout, cela se travaille. Chaque jour environ, nous faisons une sortie de 60 à 110 km en travaillant le fractionné ou le contre-la-montre par exemple », explique l’entraîneur français.
Des entraînements soutenus dans l’optique, déjà, des prochains Deaflympics, en 2021, à Los Angeles (États-Unis). Éric Ferrah rêve d’y prendre part mais reste prudent à ce sujet : « C’est encore loin, je n’ai pas envie de me prononcer. » Pourtant, il a tout ses chances. Cela serait alors sa deuxième participation après l’olympiade de 1989 à Christchurch (Nouvelle-Zélande). Éric Ferrah concourrait alors… en natation.

Augustin Audouin – Centre Presse 29/07/18

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