Jean-François MERCURIO

Jean-François MERCURIO, leader de la communauté sourde à Poitiers et précurseur de l’éducation bilingue des enfants sourds à l’école Publique, reste à jamais un modèle pour tout le monde. Sa disparition brutale est toujours ressentie et le sera toujours.

« Je remercie tous les sourds qui se sont exprimés ici. Je suis très heureux. Depuis ma naissance, j’ai eu des problèmes à l’école oraliste et avec les entendants en général, mais oublions tout ceci, car cela a déjà été dit.
J’habitais Albi mais à Toulouse il y a un foyer et chaque semaine, j’avais hâte de retrouver tous les copains sourds.
Puis j’ai entendu parler de 2 LPE, de Christian MAS, Christian DECK D’autres personnes de cette association m’ont parlé du bilinguisme, de la langue des signes. Je ne voulais pas m’y intéresser, et puis j’ai accepté d’aller au stage 2 LPE l’an dernier à Marseille, mais sans conviction. Moi, apprendre la LSF, mais je suis sourd, je la connais, je suis fort …
Mais là-bas, à Marseille, tous les professeurs étaient sourds. Alors, là ! Ca c’était incroyable ! C’est nouveau ! La pédagogie, c’est ça … C’était le deuxième choc de na vie.
J’ai rencontré ce e entendants désireux d’apprendre la langue des signes pour que cela change dans les écoles. J’étais vraiment heureux au stage 2 LPE.
Au retour, en septembre, j’ai été embauché dans une école de sourds. En français, je suis vraiment un âne mais je progresse en langue des signes, depuis que j’ai compris que ma langue avait une valeur de langue à part entière.
Quand je suis arrivé à l’école des sourds, les enfants ne croyaient pas que j’étais sourd. Puis, petit à petit, ils ont pris conscience que j’étais comme eux et que je communiquais en signes, alors ils ont progressé en LSF.
Avec le groupe d’enfants sourds-aveugles, c’était difficile au départ. J’ai appris à communiquer différemment avec eux (contact un à un, touche des mains).
Je suis très heureux d’être professeur de LSF. Je voulais parler aussi de ma fille de six mois qui est sourde. Je pensais qu’il n’y aurait pas de problèmes. C’est vrai, en famille, avec me femme qui est sourde, ça se passe bien, mais avec mes parents et ma belle famille, c’est autre chose ! Ils sont entendants. C’est normal.
Ma fille a six mois, mais il faut déjà prévoir quel type d’éducation on va lui donner. En ce moment, il n’y a qu’une école bilingue, mais elle se trouve en Suisse. Ce n’est pas possible d’aller là-bas pour des problèmes de travail, de situation familiale…
Il faut créer ensemble une école bilingue. C’est l’avenir. »

Extrait « Vivre ensemble » 2LPE

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